3 livres pour (un peu) mieux comprendre l’impact numérique

Chaque page que l’on tourne, crée un frottement électrique. Il est suffisamment léger pour que nous ne sentions rien à notre échelle mais aussi suffisamment puissant pour pouvoir donner naissance à de nouvelles planètes. Chaque livre a donc le potentiel énergétique de faire jaillir une galaxie entière.


Qu’est ce que le numérique ? Comment en comprendre l’impact sur la société, le travail et les entreprises ? Pourquoi faut-il s’en préoccuper ?

Voici le genre de questions qu’il m’arrive de me poser alors que je fais bouillir des pâtes. Pour frimer, j’ai même synthétisé ce genre de questions dans une approche que j’appelle Digital Thinking ou Pensée numérique. Je garde l’anglais parce que c’est plus SWAG. 😉

Je sais aussi que je ne suis pas le seul à me poser ce genre de questions et que comme vous, je trouve les réponses vraiment intéressantes, vraiment trop rares ou incomplètes. Alors, il m’arrive de me tourner vers certains livres qui ne parlent pas directement de numérique mais dont le contenu éclaire certains fragments des réponses que je cherche. Je vais vous en présenter 3 dans ce billet de blog qui paye pas de mine. Le premier livre voit le numérique sous l’aspect business, le second plutôt avec un regard sociétal et enfin le dernier, permet de relativiser un peu tout ça. Maintenant, il ne vous restera plus qu’ à connecter les points comme dirait Steve Jobs.

Alors, si vous vous trouvez cet été au coin d’un transat, de l’autoroute, dans un fauteuil moelleux ou bien un fauteuil de la SNCF …avec ces livres, vous passerez par des trous noirs qui vous mènerons certainement à de belles galaxies 😉

Vers l’infini et l’au delà !


CluetrainManifesto

Le Manifeste des évidences _ Christopher Locke, David Weinberger et Doc Searls

Le Manifeste des Evidences ou Cluetrain Manifesto, est un ensemble de 95 thèses organisées sous forme de manifeste à destination de tous ceux qui auraient envie de se lancer dans le digital et notamment les entrepreneurs. Ecrit et publié une première fois sur le Web en Mars 1999. Une version révisée et élargie du texte est apparue comme livre sous le titre The Cluetrain Manifesto: The End of Business as Usual en 2000.

Sa lecture me semble indispensable à quiconque veut être pris au sérieux sur ce que le web a changé dans le business. S’il ne fallait lire qu’une chose de ce billet, c’est non seulement le manifeste mais aussi le livre qui vient développer les 95 thèses.

La thèse centrale repose sur le fait que les marchés sont des conversations. Avec cette clé de lecture, le manifeste rappelle qu’internet, à la différence des médias traditionnels utilisés par le marketing de masse, permet des conversations entre les consommateurs et entre les consommateurs et les entreprises. Ce qui sert de base pour transformer les pratiques commerciales traditionnelles et les organisations qui vont avec.

Par ailleurs, les technologies énumérées dans le livre rappelle cette dimension conversationnelle de l’internet : courrier électronique, blogs, listes de diffusion, le chat, et les pages Web.

Pour vous mettre l’appétit, voici les 8 premières thèses :

Les marchés sont des conversations.

Les marchés sont constitués d’êtres humains, non de secteurs démographiques.

Les conversations entre humains sonnent de façon humaine. Elles sont menées sur un ton humain.

Que ce soit pour discuter d’information, d’opinions, de perspectives, d’arguments opposés ou humoristiques, la voix humaine est typiquement ouverte, normale, et naturelle.

Les gens se reconnaissent entre eux grâce au son même d’une telle voix.

L’Internet permet des conversations entre êtres humains qui étaient tout simplement impossibles à l’ère des masse-médias.

Les hyperliens renversent la hiérarchie.

Au sein des marchés interconnectés, et des employés intraconnectés, les gens se parlent entre eux d’une puissante nouvelle façon.

Le commander


TheZeroCostSociety

La nouvelle société du coût marginal zéro _ Jeremy Rifkin

Il y a quelques mois, Jeremy Rifkin faisait un vrai buzz médiatique avec la sortie de son livre « la nouvelle société du coût marginal zéro ». Avec ce livre, il annonçait notamment la fin du capitalisme avec l’avènement d’une nouvelle société d’abondance induite par la révolution technologique, dont le nouvel Internet des objets et l’impression 3D constitueraient des moteurs privilégiés.
D’après Rifkin, ces nouvelles technologies permettraient de produire énergie et biens manufacturés en abondance à un coût marginal proche de zéro, remettant en cause ainsi le modèle du capitalisme au profit d’une communauté de prossomateurs (mélange de consommateurs et producteurs).

Faut il moins bien payer les conducteurs de voitures puisque leur travail a été rendu moins pénible avec le remplacement des chevaux par des moteurs ?

Nous pouvons diviser le livre en 2 grandes parties : l’une historique et l’autre plus prospectiviste. La première est une réelle mine d’informations et anecdotes sur la relation de la société au travail. Par exemple, il aborde le questionnement qu’a suscité l’introduction de la technologie dans le travail en rendant ce dernier plus ‘facile’.

L’eau est une denrée alimentaire comme les autres et doit avoir une valeur marchande.

Peter Brabeck-Letmathe – Ancien CEO de Nestlé

On regrettera toutefois les limites de son argumentation sur la mort du Capitalisme. A mon sens, le capitalisme est une créature rampante et qui la capacité de se métamorphoser et de tout métamorphoser en marché. Qui aurait cru que l’eau puisse un jour être produit comme un autre ? Sinon, que le revenu universel, idée hautement communiste, serait reprise par les néo-libéraux afin de donner un accès minimum aux marchés pour tous ?

Bref, livre extrêmement enrichissant et agréable à lire. Alors que demander de plus ?

Quelques extraits sympas :

Si le récit culturel émergent a un fil conducteur, c’est la « démocratie de tout ». Le mouvement de la culture libre, le mouvement écologique et le mouvement de reconquête des communaux publics sont les coproducteurs, pourrait-on dire de ce spectacle culturel en cours […] S’il y a eu un évènement déclencheur au mouvement de la culture libre, un instant qui a galvanisé les espoirs et l’imagination des hackers, c’est probablement le jour où l’un des leurs (Bill Gates) s’est retourné contre eux, en révélant la face purement commerciale de la révolution informatique et du logiciel […]
Gates a été le premier à tracer la ligne à ne pas franchir. Un autre hacker, Richard M. Stallman, qui travaillait au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT, a relevé le défi et l’a franchie […] Stallman a fait valoir que le code logiciel devenait rapidement la langue dans laquelle les gens communiquaient entre eux, et avec les objets, et qu’il était immoral et contraire à l’éthique d’enclore et de privatiser le nouveau moyen de communication […] Il a proclamé que tout logiciel devait être libre […] Les positions de Stallman et de Gates n’auraient pu être plus antithétiques : pour Gates, le logiciel libre, c’était le vol ; pour Stallman, c’était la liberté d’expression… »


TheBlackSwan

Le Cygne Noir _ Nassim Nicholas Taleb

Le Cygne noir développe la théorie du même nom selon laquelle un Cygne Noir est un événement radicalement imprévisible et qui a une faible probabilité de se dérouler (appelé événement rare en théorie des probabilités), et qui, s’il se réalise, a des conséquences d’une portée considérable, exceptionnelle et immédiate tant sur nos projections, prévisions que sur nos vies au quotidien. Cette théorie introduit d’ailleurs au concept du Winner takes all si familier aux start-ups du numérique.

Ce que nous appelons ici Cygne Noir est un événement qui présente les trois caractéristiques suivantes : premièrement, il s’agit d’une aberration. Deuxièmement, son impact est extrêmement fort. Troisièmement, notre nature humaine nous pousse à élaborer après coup des explications concernant sa survenue, le rendant ainsi explicable et prévisible. Une poignée de Cygnes Noirs explique pratiquement tout dans ce monde, du succès des idées et des religions à la dynamique des événements historiques.

Nassim Nicholas Taleb – Auteur du Cygne Noir

Pourquoi ce livre me semble indispensable pour saisir la porté du numérique, c’est tout simplement par son caractère sceptique et rationnel. Nassim Nicholas Taleb (NNT) rappelle le caractère imprévisible des événements qui comptent réellement. Alors que le BIG DATA et autres analyses de données voudraient désenchanter le numérique en voulant nous faire croire que toute chose est prévisible et donc, d’une certaine manière automatisable. Transformant l’avenir plutôt en Histoire qui ne s’est pas encore déroulée.
Également, vous trouverez dans son approche des professions scalables pas mal d’inspiration. Par exemple, elle m’a récemment déverrouillé un faisceau d’idées dans mon approche de l’entreprise numérique. Je partage tout ça d’ailleurs dans l’article : Le numérique, le talent et les professions scalables.

Avec un ton de rageux, ce livre ne vous laissera pas insensible. Je dis bien rageux car je ne doute pas que NNT puisse être un troll de grande classe mais un troll quand même. J’en veux pour preuve sa manie de vouloir mettre un rat par dessus les costumes bien taillés de certains universitaires. Néanmoins, le livre reste passionnant car écrit par un passionné qui transmet sa passion dans un style libéré voire dévergondé. Juste lisez-le, vous gagnerez 3 ans de savoir avec sa lecture !

Le morceau choisi :

Presque aucune découverte, aucune technologie notable ne sont nées de la conception et de la planification – elles étaient tout simplement des Cygnes Noirs. […] Donc, je suis en désaccord avec les disciples de Marx et avec ceux d’Adam Smith: la raison du succès du libéralisme, des marchés, c’est qu’ils permettent aux gens d’être chanceux grâce à un processus agressif d’essais et d’erreurs, et non parce qu’ils donnent des récompenses ou des «incitations» pour les compétences.

Le commander en français


J’espère en tout cas que vous allez kiffer ces livres et que vous allez autant en apprendre et prendre de plaisir à lire que j’en ai pris.

Sinon, vous pouvez également me partager vos découvertes sur Facebook ou alors si vous voulez sauver un arc-en-ciel de la noyade en sachant quelles sont les bonnes feuilles d’un livre comme Rules for Radicals, vous pouvez liker aussi ^^

Mohamed Achahbar Écrit par :

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