Imaginez ça ! Imaginez que votre supérieur vous dise que le seul moyen d’obtenir votre promotion est de supprimer votre poste actuel. Imaginez une entreprise dont vous gravissez les échelons à mesure que vous supprimez ceux-ci. Je sais comme cela peut paraitre irréaliste. Si une telle hypothèse peut sembler contre-intuitive, cela n’empêche pas le numérique de proposer cette évidence.

C’est l’histoire d’un ingénieur informatique …

D’un point de vue strictement individuel, il est naturel pour chacun d’être attaché à son poste ou plutôt à son emploi. C’est normal. Personne ne veut perdre son job et ce n’est dans les missions de personne que de supprimer celui-ci. Finalement, aucun salarié n’a intérêt à ce que ses activités soient supprimées. Pourtant, dans l’esprit d’une entreprise, il y a un réel intérêt à ce que les salariés eux-mêmes suppriment, de leur propre chef, leur poste.

Vous le savez bien, une réduction d’effectif n’est jamais très bien vu. Ceci fait néanmoins partie de l’une des lois les plus basiques des théories du capital : une entreprise doit éternellement optimiser son business model. Autrement dit : faire autant voire plus de fric avec moins de ressources humaines et financières. Ceci est une vision cynique mais pour une fois, sans langue de bois.

Toutefois, il ne viendrait pas à l’esprit de tous de proposer une politique RH où les salariés sont incités à supprimer leur poste. Du moins, pas sans une contrepartie intéressante. C’est ce que Google a fait. Pour encourager certains de ses ingénieurs responsables de l’exploitation de ses data centers, Google propose de les promouvoir s’ils parviennent à automatiser entièrement leur travail. Avec une telle incitation, les ingénieurs sont vraiment encouragés à explorer de nouvelle manière d’exécuter numériquement parlant, leurs taches. Une telle prouesse n’est pas un fantasme.
Toute proportion gardée, rappelez-vous ce programmeur informatique qui avait créé des scripts pour exécuter à sa place toutes les tâches lui demandent plus de quatre-vingt-dix secondes. Cela va de SMS envoyés à sa femme, jusqu’à un hack de la machine à café de l’entreprise pour lui préparer un latte à l’exact moment où il arrive à son bureau.

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Le double effet kiss cool d’une telle pratique est que si un ingénieur parvient à supprimer son poste et donc, être promu, ses collègues, par contre, qui ont une fonction analogue verront leur poste juste supprimé, eux. Même si Google préfère les garder et les payer à ne rien à faire. Mais le résultat est là : Google a besoin de dix fois moins d’ingénieurs que BNP Paribas pour gérer 100 000 serveurs.

Derrière cette démonstration, il faut voir que le ‘numérique total’ va s’emparer des organisations mais aussi des individus, lentement mais surement. Ces incitations, encore isolées, à supprimer son poste ou au moins à en automatiser une partie vont devenir normales et feront même partie de la mission de beaucoup. Il y a ici un intérêt convergent que ce soit des entreprises et des salariés. Pour les premières, l’optimisation de leur modèle d’affaires (faire du fric). Pour les salariés, qui pourrait bien être contre le fait de faire son boulot de manière plus simple et plus efficace en moins de temps ? Quitte à réduire ce temps à zéro ? C’est là que vient l’enjeu.


Pour poursuivre dans la série des évidences du numérique, dans un prochain billet, on verra comment le numérique signe le crépuscule des stakhanovistes de l’effort. 🙂