Stéphanie Plubel, ancienne geek RH, reconvertie dans le numérique en fondant l’agence Mad Monkeys, nous livre ici sa vision des RH avec de l’humour, du panache et quelques vérités au passage. Ce billet avait été publié y a quelques temps, le voici remis au goût du jour 🙂

AVERTISSEMENT

Si le titre que vous venez de lire vous laisse pantois, pas de panique, mangez un Mars©, respirez à fond et n’oubliez pas d’expirer 🙂

Une question me turlupine à chaque fois que je suis confrontée aux pseudo- stéréotypes dont nous, pauvres RH, subissons : Pourquoi?

_ Pourquoi ?
Le RH est représenté comme un type divorcé, dépressif, cloîtré dans son bureau et souffre douleur de son boss, et ayant – en plus – un doute certain dans le choix de ses costumes ? [The Office, 2005]

_ Pourquoi ?
Quand le RH est représenté par une femme, celle-ci est nécessairement une nympho avide de nouvelles proies et usant de ses charmes dans le but de faire basculer le vote d’un CE ? [Working Girls, 2012]

_ Pourquoi ?
Le RH est un psychologue manipulateur véreux à la solde d’une direction sans scrupule considérant ses actuels et futurs salariés comme des petits êtres malléables ? [La méthode, 2005]

_ Pourquoi ?
Le RH n’est rien d’autre qu’une commère sans aucun sens du jugement se baladant d’un bureau à l’autre, puisque c’est bien connu, un RH a le temps de tout faire sauf ce pourquoi il est là ? [Archer, 2009]
A ce propos Malory, j’attends toujours une réponse à ma candidature pour intégrer l’ISIS.

_ Pourquoi ?
Le premier jour d’une supra mission RH dans une (très) grande entreprise, au moment des présentations en off, les salariés m’ont très sérieusement posé la question de façon franchouillarde (“parce que, hein, on rigole beaucoup à cet étage aussi tu sais” ): “Tu n’es pas là pour nous licencier au moins1 ?”. Ambiance.

_ Pourquoi ?
A la fin d’une autre supra mission, un manager m’a dit “Jusqu’à ce que tu arrives, je n’ai jamais vu la nécessité des RH2, tu m’as fais changer d’avis”. Ambiance.

_ Pourquoi ?
Je me fais souvent chambrer par une amie copywriter et spécialiste marketing internationale de la mode : “Ahah, les RH ? Ils partent à 17h et essayent de nous piquer notre boulot”.

Sur ce, je pars faire une thérapie de 7 ans et je reviens.

RH : Aujourd’hui et demain

Arrivée au terme d’une longue et périlleuse réflexion analytique, j’en conclus que tous ces clichés seraient peut-être la résultante de l’ensemble des tâches qui garnissait la fonction RH. Du reste, quel optimisme en écrivant au conditionnel…Si vous vous considérez comme un RH avant-gardiste, ne me dites pas qu’un sombre et snob rictus n’apparaît pas lorsque vous tombez sur les fiches de poste RH. Quel ennui.

  • L’administration du personnel : Vous souhaitez participer au Concours National du plus beau et et du plus fonctionnel tableau de bord, pourquoi pas.
  • La gestion de paie : Fichtre, laissons cela aux gestionnaires de paie et comptables aux cheveux gras3.
  • Le recrutement : Des stagiaires exploités font de l’excellent travail dans les cabinets de recrutement et autres agences d’emploi.
  • La gestion des IRP : Si c’est uniquement pour ralentir la mise en place d’un projet qui démontre par A+B qu’il faut évoluer vers une nouvelle réorganisation et vision afin de rester compétitif, alors non.
  • La gestion de la formation : Encore futile que les managers prennent plaisir à faire (correctement) ces entretiens individuels d’évaluation.

Je vois qu’on se comprend. On est snob ou ne l’est pas.

Loin de moi de me poser en la Cristina Cordula des RH, il ne s’agit pas de poser des vérités, ni d’établir des préceptes ou encore d’imposer un système de pensée unique, mais de répondre à :

C’est quoi le RH de demain ?

Malheureuse !

 
 

Devrais-je plutôt poser la question : c’est quoi le RH d’aujourd’hui ? Du moins, voilà comment la fonction peut être appréhendée de manière à rendre les missions initiales moins barbantes. Tout en finesse.
De toute façon, depuis Tous DRH, le métier est démystifié, décloisonné alors autant réinventer la fonction dès à présent, là, tout de suite, maintenant.

Le RH connecté

Le RH peut-il utiliser les objets connectés pour assurer sa fonction? Ma foi, Il aurait tout intérêt. Quelques exemples.
Prenez les Google Glass, et imaginez les possibilités offertes dans la réalisation d’un entretien d’embauche (le moment LOL). Bon, on rigole, on rigole, mais sur un mode plus sérieux, celles-ci peuvent rendre le recrutement plus ludique et augmenter potentiellement son taux de réussite4. De plus, une utilisation intelligente permettrait de simplifier et d’améliorer la collaboration au travail.
Dans un autre registre, il y a les bracelets connectés : la technologie au service du bien-être. Les bracelets connectés permettent de collecter un certain nombre de donnés quant à notre activité quotidienne: rythme cardiaque, nombre de pas effectués, mesure temporelle de l’inactivité/activité, protéines, lipides etc ingurgitées… Le RH – Garant de la santé et de la sécurité au travail – peut analyser les conditions physiques des salariés. Une étude de ABI a par ailleurs démontré que les bracelets connectés augmentent la productivité de 8,5% et le bien-être au travail de 3,5%. Aux RH ensuite de démontrer aux partenaires sociaux l’intérêt de collecter ce type de données afin que ces derniers ne voient pas cela comme “une énième manoeuvre malveillante de surveillance des employés, car le complot est partout” (dixit un prétendu représentant syndical à trois lettres).

Le RH digital

Qu’on se mette tout de suite d’accord. Être digital ce n’est pas tweeter ou porter des Google Glass. Au-delà d’être connecté aux objets et sur les réseaux sociaux- pour effectuer sa veille, assurer sa propre e-réputation, et/ou celle de son entreprise, de recruter (dans tes rêves), d’échanger et partager avec des confrères/consoeurs et toutes autres activités offertes par ces derniers – le RH doit être plus que jamais celui qui connecte les différents acteurs d’une entreprise. C’est celui qui élabore les moyens de réussite dans l’élaboration d’une stratégie. Et pour ce faire, quoi de mieux que la mise en place du travail collaboratif.
Sujet hautement tendance, le travail collaboratif s’inscrit notamment dans une démarche “Penser digital”. Être digital, c’est un état d’esprit. C’est transformer son entreprise à travers les innovations qui s’offrent à elle. Le RH digital accompagne cette transformation. Il élabore des plans d’actions afin de permettre aux différents acteurs de s’approprier les nouvelles technologies afin d’ancrer son entreprise dans le futur.
Le RH d’aujourd’hui doit être en mesure de comprendre cette transformation digitale, pour mieux l’accompagner. Et pour ce faire, il donne toute sa dimension au H de RH en plaçant plus que jamais l’humain au coeur de cette transformation.

Le RH geek

Donner une définition du terme “geek” (prononcez [gik]) n’est pas chose facile. Entrée en 2010 dans le dictionnaire Larousse, celle-ci est relativement restrictive : “ Fan d’informatique, de science-fiction, de jeux vidéo, etc., toujours à l’affût des nouveautés et des améliorations à apporter aux technologies numériques.” Pour ma part, j’accorde plus de crédit à la définition éditée par wikipédia (sacrilège! Effrontée!) : “le geek est celui qui s’évade grâce à son imaginaire, c’est-à-dire qui se divertit grâce à celui-ci, en se passionnant pour des domaines précis (science-fiction, fantastique, informatique…) dans lesquels il aura une connaissance poussée, et en s’insérant au sein de communautés actives de passionnés”. Le RH d’aujourd’hui est passionné. Plus seulement par le recrutement, la formation et autres domaines plus réjouissants les uns que les autres. L’inspiration est partout, et pas seulement dans les Revues internationales dédiées aux RH. Pour innover et rendre les processus créatifs, il faut faire appel aux cultures de l’imaginaire. Avant d’être un RH connecté et digital, le RH doit être un geek en puissance, sinon comment peut-il parvenir à contribuer à l’évolution d’une fonction dont la sacralisation l’a mené vers un univers abyssal ?

Le RH marketeur

Ce n’est un secret pour personne, le marketing doit être au service des ressources humaines. Le RH projette la marque employeur de l’entreprise au quotidien avec les employés. Pour ce faire, Il utilise l’ensemble des canaux de communication à sa disposition. Sans revenir pour autant sur une définition de la marque employeur, on revient par contre sur l’idée de ma pote que les RH piquerait le boulot du service marketing. Que nenni. Au sein d’une entreprise, la marque employeur appartient à tous car elle se construit en accord avec la stratégie. Aux RH de déployer l’offre employeur en interne et, de facto, en collaboration avec toute la lignée hiérarchique afin que celle-ci s’étende de plus belle en externe.


En survolant ces quelques caractéristiques du RH d’aujourd’hui, j’en arrive à la conclusion qu’au final la fonction des ressources humaines restera d’innover et d’adapter. Gardons à l’esprit que ce qui est tendance aujourd’hui sera démodé demain. Pour être en avance, et être dans l’innovation, voyons plus loin et plus fort en rêvant d’une fonction loin de la morosité ambiante. Cela nous mènera plus facilement vers le collaboratif et l’esprit digital. D’ailleurs, vous rêvez de quoi les RH ?

Stéphanie Plubel

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1Histoire vraie
2Histoire vraie aussi, le but de cet anecdote n’est pas de discriminer mon manager RH sans qui mon travail n’aurait pu être possible, ni de me la raconter – enfin ça, oui un peu – mais d’apporter un exemple concret de la vision des RH.
3L’auteur tient à présenter ses plus plates excuses à l’ensemble des comptables sans qui le marché des shampoings pelliculaires ne serait devenu une niche à part entière.