L’arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre. C’est ainsi que sera l’Homme dans l’entreprise de demain.

Bon … je vais à nouveau invoquer un philosophe pour me la raconter. Histoire de faire croire que je lis des bouquins compliqués et tout ça …Oui, je me la raconte ^^ Mais, je trouve des pépites dans ce genre de lecture. Le genre de pépites qui te claquent le cerveau et te laissent essoufflé au bord de chaque phrase. Du coup, je partage. D’ailleurs, je ne sais pas si cela vous arrive mais perso, cela m’était déjà arrivé avec ces bouquins sur le travail et …

…avec l’Homme révolté, cela m’est arrivé encore une fois.

Avec ce livre, je ne peux m’empêcher de croire que l’entreprise de demain sera le siège de plus en plus d’hommes comme de femmes révolté(e)s. Ces dernièr(e)s seront des personnes qui n’auront pas abdiqué face à l’organisation. Ils pourront être des lanceurs d’alertes ou encore des corporate hackers. Mais ne précipitons rien ! Je reviendrai plus longuement sur ceux-là dans le prochain billet.

Restons d’abord avec l’Homme révolté. D’ailleurs, je ne sais pas vous, mais à chaque fois que je l’évoque, je songe à la campagne Think Different d’Apple.

Mais si, souvenez-vous !

À tous les fous, les marginaux, les rebelles, les fauteurs de troubles… à tous ceux qui voient les choses différemment — pas friands des règles, et aucun respect pour le status quo… Vous pouvez les citer, ne pas être d’accord avec eux, les glorifier ou les blâmer, mais la seule chose que vous ne pouvez pas faire, c’est de les ignorer simplement parce qu’ils essaient de faire bouger les choses… Ils poussent la race humaine vers l’avant, et s’ils peuvent être vus comme des fous – parce qu’il faut être fou pour penser qu’on peut changer le monde – ce sont bien eux qui changent le monde.

— Think Different, 1997

Je m’emballe un peu là. Ce n’est pas totalement la même chose. Du moins, ce n’était pas l’intention d’Albert Camus qui en est à l’origine. Cela n’empêche que l'Homme révolté a toute sa place dans l’entreprise de demain. Ce n’est plus qu’une question de sens et de temps.

 

L’Homme révolté ou celui qui dit non

Je pense qu’avant de développer ce concept de l’Homme révolté, il faut avant tout le définir. Pour cela, je préfère me fier à la définition d’Albert Camus. D’abord parce que c’est son bouquin, ensuite parce qu’elle est plutôt complète et surtout, elle est assez cool :

Qu’est-ce qu’un homme révolté ? C’est d’abord un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui. Entrons dans le détail avec le mouvement de révolte. Un fonctionnaire qui a reçu des ordres toute sa vie juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Il se dresse et dit non. Que signifie ce non ?

Il signifie par exemple : « les choses ont assez duré », « il y a des limites qu’on ne peut pas dépasser », « jusque-là oui, au-delà non », ou encore « vous allez trop loin ». En somme, ce non affirme l’existence d’une frontière. Cette idée se retrouve sous une autre forme encore dans ce sentiment du révolté que l’autre « exagère », « qu’il n’y a pas de raisons pour », enfin « qu’il outrepasse son droit », la frontière, pour finir, fondant le droit. La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi-même en quelque façon et quelque part raison.

– L’Homme révolté, p 21, 1951

Qu’en retenir du coup ?

L’Homme révolté est donc un homme ou une femme qui a un moment dit non. Facile à faire cela. Mais il ne dit pas non par pure contradiction mais parce que, en tant que personne impliquée et engagée, elle estime que l’entreprise ne va pas dans le bon sens. Afin de rectifier cette trajectoire et parce qu’elle pense sincèrement offrir le meilleur pour l’entreprise, ses clients, ses collègues …Elle dit non. Si elle n’est pas entendue, elle oeuvrera à se faire entendre ou à changer les choses.

Gardons à l’esprit qu’elle fait cela pour le bien de tous. Du coup, je ne comprends pas pourquoi on n’encourage pas ces initiatives quand au contraire, le système de contrôle vise davantage à les prévenir. J’irai même plus loin en recommandant de provoquer ce genre d’initiatives. Assez contre-intuitif n’est-il pas ? Pourtant cela aurait le mérite d’évaluer l’engagement des salariés aussi bien de savoir, concrètement, ce qui les engage.

Question à laquelle beaucoup d’entreprises échappent encore à y répondre et s’ajoutent une longue liste d’interrogations. Puisqu’on y est, je veux transformer ce constat en évidence, en déroulant des questions rhétoriques ou plutôt des questions interrogatives positives comme le disent nos chers commerciaux.
 

Première question

N’attendons nous pas d’une personne qu’elle soit engagée et impliquée même totalement voire passionnée dans ses missions et plus largement, dans celles de l’entreprise ?

L’engagement étant alors qu’elle trouve certainement du sens à ce qu’elle fait.

Deuxième question

N’est ce pas vers cela que beaucoup poussent : vers une entreprise avec plus de sens ?

Je ne parle même pas des investissements énormes que peuvent consentir les entreprises pour développer le sentiment d’appartenance et l’engagement qui pourrait en découler.

Troisième question

Dans un modèle qui sera, soi-disant, de plus en plus collaboratif, pourquoi tenir écarter certaines sensibilités de l’action et des prises de décisions ?

Dernière question

Alors, pourquoi s’étonner que certaines personnes se révoltent contre l’organisation quand elles ne sont plus en phase avec ?

Voilà ! Je suis conscient que ces questions n’appellent pas forcément de réponses. A travers cette démonstration, j’ai voulu quand même montrer que le fait que des salariés se révoltent contre leur entreprise est normal voire sain. Bien sur, par révoltes, je ne parle pas de conflits sociaux mais comme pour le 10ième homme, je m’intéresse à la révolte d’une personne ou d’un groupe de personnes contre leur hiérarchie ou leurs collègues. Bon …C’est vrai que la révolte n’est pas l’unique alternative. En fait, il y en a 2 : la fuite et la révolte.

Nous verrons dans le prochain billet quelles sont donc les deux voies que emprunter celles et ceux qui se révoltent. Les deux peuvent s’apparenter à des complots car ils sont nourris dans l’ombre. La première a vocation à sortir de l’entreprise et ceux qui choisiront cette voie seront des lanceurs d’alertes. La seconde voie reste dans le secret de l’entreprise et nous les appelleront les corporates hackers.


Voilà, j’en ai fini avec ce deuxième volet sur l’entreprise de demain. Je continue à explorer ce que pourront être les individus au sein de ces entreprises et c’est fascinant. A mesure que je creuse la question, je m’aperçois à quel point elle est difficile. Du coup, j’espère que ça vous plait …Par contre, si vous n’êtes pas d’accord avec ce que j’avance, vous avez le droit de vous révoltez 😉

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