Si un enfant pouvait décrire l’entreprise de demain. Parlerait-il des usines qui font les nuages ? Des machines qui respirent fort ? Des gens qui viennent boire l’eau noire en rond ? Au final, je ne pense pas qu’il parlerait du rôle du dixième homme dans l’entreprise de demain. Non …Pas tellement.

Ah … Ça laisse vraiment songeur de voir l’entreprise de demain décrite par un enfant ! J’apprécierais sans doute leur candeur et leur imagination avec autant de délicatesse que de manger le dernier chocobon. Un jour, je leur poserai la question, en attendant, je vais m’y coller moi-même. Je vois déjà des têtes se baisser de déception. Vous inquiétez pas, on va bien rigoler aussi parce que …

… Je ne vais pas faire de listicle. Vous savez le genre d’article qui a un titre un peu creux du genre « Les 10 tendances de l’entreprise de demain ». Tu le sens très très bien le creux creuser même le vide. Non, je ne ferai pas un article plutôt dopé aux buzzword comme un cycliste moderne avec des concepts comme digital, Big Data, IA ou chocolat-vanille.


Pas vraiment mon style, m’voyez !


Mon idée serait plutôt, à travers de petites histoires, venir percuter la grande Histoire que sera l’entreprise de demain. Analyser les influences qui pourraient la façonner et apprendre en quoi ce peut être intéressant d’en parler aujourd’hui.

Pour commencer cette série, je voulais placer l’entreprise de demain sous le signe de la rébellion. Celles-ci seront aussi bien organisées et voulues par les entreprises qu’elles auront, parfois, lieu également sans qu’elle en est connaissance. Ce qu’on appellera plutôt des complots d’ailleurs.

Pourquoi une telle chose si négatif, me direz-vous ?

En fait, ce n’est pas si négatif que cela mais plutôt contre-intuitif. La raison principale est que l’entreprise de demain sera toujours humaine. Quand je dis « humaine », je n’entends pas ce terme de bisounours, genre les gens vont se donner la main pour danser la farandole. Par humaine, j’entends plutôt qu’elle sera dirigée et composée par des êtres humains. Parce qu’elle sera humaine, elle ne sera pas parfaite. J’y reviendrai plus longuement dans le prochain billet d’ailleurs.
Mais aussi, comment en serait il autrement quand une entreprise investit autant pour développer l’engagement et le sentiment d’appartenance de ses salariés. Ces derniers, dans le but bienveillant, bien sur, de vouloir le meilleur pour celle-ci, ses clients, ses collègues … se sentiront obligés, pour certain(e)s de rentrer en contradiction avec leur hiérarchie ou ses mêmes collègues sur certains projets, pratiques ou autres.

Bien sur, quand je parle ici de rébellion, ce n’est pas à la révolte des canuts ou Mai 68 auxquelles je fais référence. Non ! La rébellion dont je parlerai aujourd’hui tient davantage du débat contradictoire qu’aura en charge, en cas de consensus dans une équipe, le dixième homme … ou femme d’ailleurs.


Faut pas que l’hôpital se foute de la parité, non plus !


Avant de commencer, je voulais préciser une chose. Il m’arrivera d’utiliser invariablement les termes « entreprise » et « organisation ». Je suis conscient que cela ne veut pas dire la même chose mais je n’aime pas les répétitions.

Maintenant que ceci est précisé, débutons donc avec ce dixième homme …ou femme.

Le dixième homme : penser autrement

Placer le concept de dixième homme ou femme, dans les entreprisse est une idée qui circule dans mon esprit étroit et circonflexe depuis maintenant un peu plus de 2 ans et demi. Depuis que j’ai vu un film très moyen : World War Z. Même très moyen à vrai dire. Adapté du livre du même titre qui est beaucoup mieux. Sérieux.


La minute culturelle est terminée


Ce film/Ce livre relate une pratique, qui à défaut d’être vraie, a l’avantage d’être exquise à l’esprit. Le Mossad, les services secrets israéliens, aurait crée un comité composé de 10 experts. A chaque fois que les 10 experts tombés d'accord dans un consensus unanime, l'un d'entre eux était désigné pour s’opposer au constat émis. Et ce, même s’il partageait le même avis à l’origine. A charge pour lui donc de trouver toutes les informations et arguments qui pouvaient infirmer le consensus étable. C’est lui ou elle que l’on désignait comme le 10ème homme ou la 10ième femme.

Si vous avez vu le film, vous allez voir où je veux en venir. Pour ceux qui ne l’on pas vu, je vais prendre l’exemple porté dans celui-ci. Ce fameux comité d’experts a eu un consensus sur le fait que les zombies n’existaient et n’existeront pas. Un dixième homme a donc été chargé de prouver qu’ils avaient tort.


Ça va, je n’ai pas trop spoilé 😉


Maintenant, quel est le rapport avec l’entreprise de demain ? J’y viens doucement. En fait, la contradiction n’est pas encouragée en entreprise. Bien au contraire, il y a cette recherche implicite du consensus qui fait qu’il y ait de l’auto-censure, de la rétention d’informations et une pensée unique qui peut se révéler toxique.

En effet, je ne compte le nombre de projets qui semblaient prometteurs et qui, contre toute attente, se sont révélés des fiascos. Par exemple, souvenez-vous de New Coke ou bien des batteries Samsung qui prenaient feu. Projets qui j’imagine ont été pensés et conçus pour réussir et non pour échouer. Du coup, ils n’ont pas été challengés sur les cas d’échecs. Les biais collectifs de confirmation ou pire encore la complaisance, l’auto-censure et la rétention d'information faisant alors leur oeuvre.

Ainsi, le dixième homme aurait pour rôle de prémunir l’équipe contre la pensée unique et de déterminer les facteurs-clé d’échecs. En tant que paratonnerre également de la contradiction, le dixième homme pourra amener son équipe à s’interroger et à mieux penser différemment en balayant tous les spectres des possibles mais aussi de l’impossible.
Je le conçois, ce rôle de contradicteur est, je sais, assez « Out of the Box » mais je considère que cela fera partie de l’entreprise de demain pour deux raisons. La première donc, se prémunir de biais et prévenir l’échec. La seconde explorer de nouvelles manières de faire.

A challenger les décisions qui peuvent être prises et actions qui sont menées, vous allez vous interroger sur s’il n’y a une autre manière de procéder plus efficace. Le contradicteur pourra, pour cela, avoir des réflexes comme le divergent thinking par exemple.

Le divergent thinking, pour celles et ceux qui l’ignorent, peut consister à trouver 20 solutions à problème donné avant de faire le choix sur la meilleure d’entre elles. Cela permet notamment de développer la réflexion cognitive. Par cette réflexion cognitive, il faut entendre la capacité ou la disposition à résister à la première réponse qui vient à l'esprit lors de la résolution de problème. Cela a été définie par Shane Frederick, psychologue, en 2005.

Ainsi, il sera possible d’aller à l’encontre de notre instinct primate qui est de s’arrêter à la première solution disponible. Celle qui valait quant on était pourchassé dans la jungle par un tigre. C’est sur que dans ce cas tu n’as pas trop le temps de réfléchir 😀


Voilà, je vous ai un peu introduit à cette idée de la rébellion en entreprise. J’espère que cela vous a plu et que cette idée du dixième homme ...ou femme, toujours, va faire son chemin. Personnellement, j’en suis convaincu et je pense que c’est plus qu’une histoire d’organisation maintenant. Si vous être toujours convaincu qu’une entreprise doit reposer sur le consensus et les compromis, alors c’est aller à l’encontre d’une évidence fondamentale : l’entreprise de demain ne sera pas parfaite.

Nous verrons cela dans le prochain épisode 😉
Si vous voulez savoir pourquoi avant les autres, vous pouvez toujours me le demander sur Facebook. Parait que cela sauve les colibris de l’Amazonie.