Il était jeune, surement naïf, et la première chose qu’il a faite, c’est ouvrir un livre à la page 39. Le marque-page était là pour lui rappeler la dernière fois qu’il avait posé ces yeux sur ce mot. En gros, en lettre majuscule, centré dans une police aimable mais grasse, il y avait écrit : APPRENDRE.

Aaaaaah ! Les machines arrivent …fuyez ! fuyez tous ! Nous allons tous mourir !

Apocalypse selon M – p 234

A vrai dire, je trouve qu’on en fait des caisses avec les machines, les robots, l’intelligence artificielle et tout ça …Pas un jour qui ne voit arriver son lot de fantasmes sur le sujet. La plupart du temps par des « consultants » qui parasiteront l’opinion et les discours pour parler de choses qu’ils ne maitrisent pas tellement avec le même esprit convexe que ceux qui disaient qu’en 1907, on aurait tous un télégraphe portable ^^.

Assez hipster comme référence quand j’y pense.

A l’évidence, ceux qui pensent et font progresser toutes ces disciplines, les plus légitimes du coup, n’ont pas tellement de temps pour communiquer. C’est un autre métier qu’ils ne maîtrisent pas tellement non plus. Leur RP s’en chargent déjà. Alors gardons tempérance comme dirait l’Abbé Fleury.

En fait, cette inquiétude et ce fantasme m’échappent pas mal aussi. Tout d’abord, parce qu’humain nous gardons toujours un temps d’apprentissage d’avance sur les machines. D’ailleurs, c’est toute l’évocation du titre Machine VS Learning. Tant que nous chercherons à apprendre, explorer, expérimenter … nous aurons toujours cette longueur d’avance.

En poursuivant cette quête de l’apprentissage, nous allons bientôt vivre une nouvelle rupture scientifique et technologique. Comme d’habitude, elle sera du domaine de l’infiniment petit ou de l’infiniment grand. Les machines n’auront rien à voir là-dedans. Mais c’est vrai que j’interroge l’avenir de trop loin pour y voir clair.

Du coup, aussi flagorneur que peut être le titre, je ne cherche pas à savoir qui des machines ou de l’Homme va gagner la guerre dans Terminator.

Non, non …quoique …Hum non, c’est nul comme sujet.

Je sais, je commence à peine que vous vous sentez floué. Un peu. Voire beaucoup. Désolé ^^ Mais en fait, c’est que j’ai trouvé tellement mieux. Je voulais qu’on voit ensemble une question aussi simple qu’elle a de facettes :

Pourquoi nous sommes arrivés au point de vouloir apprendre aux machines à apprendre ?

Comme cela risque d’être un rude combat que d’abattre le sujet, j’ai décidé de le faire en plusieurs rounds, 2 voire 3. Ce premier round sera un round d’observation. Histoire de poser un peu les règles du jeu et mettre en place le ring sur lequel nous allons jouer. Comme cela, on verra d’abord comment le paradigme de l’éducation et de la connaissance a émergé de celui de l’information et de la donnée. Rien de sexy comme ça et pourtant …

 

Introduction à une idée un peu différente

L’éducation est un sujet qui me passionne et qui peut me prendre aux tripes quand j’en parle. J’ai d’ailleurs toujours la même envie de bouleverser l'enseignement supérieur d'ici 48 ans.

Je me pose donc régulièrement pour essayer de creuser le sujet de l’éducation, du numérique et tout ça …J’en suis arrivé à une théorie ou une observation bizarre. J’ai découvert que depuis quelques années maintenant, nous avons quitté l’ère de l’information.

What !

Je sais, vous ne l’aviez pas vu venir. Personne n’a vu le mémo. Pourtant, c’est arrivé. C’est peut être passé sous le nez de tout le monde bien qu’il y avait certains indices qui venaient nous chatouiller. Après, la plupart des sociologues ont la sagesse de dire :

Le serpent est aveugle quand il mue.

En plus, quand j’y pense, cela ne veut pas tellement dire grand chose « sortir de l’ère de l’information ». C’est quoi ce truc ? On fait quoi ? On est où maintenant ?

Nous sommes dans un monde où l’on enseigne même aux machines ou plutôt aux programmes ce qu’il faut apprendre et surtout à comment apprendre. Nous avons introduit et développé le machine learning, voire le deep learning et nous poussons encore plus loin avec l’intelligence dite artificielle. Je ne sais pas où cela va nous mener vraiment. Bien que j’eusse une petite idée sur la question.

BONUS subjonctif du plus-que-parfait activé 😀

Bien sur, comme moi, vous voyez bien que l’intelligence artificielle est le sujet hype du moment comme l’était le BIG DATA en 2015. Buzzword de cette année-là d’ailleurs.

Maintenant, nous sommes entrés dans un nouveau paradigme. Celui de l’éducation et de la connaissance. Cette évolution de l’information vers la connaissance est naturelle et pas du tout anormale ou surprenante. Cela est déjà arrivé par le passé et a tendance à être cyclique. Nous aurons l’occasion de détailler cela un peu plus tard.

Consacrons-nous plutôt à voir pourquoi ce changement a émergé mais aussi, je vais vous révéler comment j’en ai eu l’épiphanie en regardant un simple logo.

 

De l’encyclopédie à l’école …

Depuis le 1er septembre 2015, Google a changé son logo. Jusque là, rien de neuf. Pourtant, quand on a commencé à se poser la question du pourquoi, la plupart des réactions se sont arrêtés à commenter le nouveau logo ou bien, à faire une pauvre étude comparative entre l’ancien et le nouveau, sans noter la transition dans la typo.

Vous voyez pas le coup venir ?

En fait, ils sont passés d’une typographie que l’on peut considérer, avec les pattes aux lettres ou serif, caractéristique au style « encyclopédique » à une typographie sans serif, très arrondie, qui fait très « école primaire ». Je ne suis pas un tellement un spécialiste du genre mais cela a tout de suite capté mon attention.

Là, normalement ça doit vous sauter aux yeux !

Toujours pas ?

Là, je ne peux plus rien pour vous. C’est vrai que s’arrêter seulement au logo de Google peut faire léger. Surtout pour montrer une transition voire un changement d’ère : celle de l’information à celle de la connaissance. Après avoir tenté de transmettre l’information, ils chercheraient maintenant à transmettre la connaissance. Peut être aussi que je vois des choses là où il n’y a rien.

Syndrome 6ième sens : I see dead people ^^

Toutefois, je ne peux m’empêcher de voir que le changement de logo du moteur de recherche le plus populaire du monde, qui enregistre par ailleurs près de 3,3 milliards de requêtes d’information correspond à la multiplication qu’il a initiée des formations digitales gratuites à destination de tous. Education et connaissances donc. On y revient.

Vous avez par exemple la formation Digital Active qui, je cite, sert à :

Aider les jeunes à multiplier leurs opportunités professionnelles et à enrichir leur CV avec des compétences clefs pour leur avenir.

Dans le même registre, vous avez aussi Google pour les Pros

Bref ! Poursuivons.

Cette transition de l’encyclopédie à l’école ou en termes plus direct, c’est passé d’un outil qui recueille l’information et la transmet à un endroit qui la transforme en connaissance pour la transmettre. C’est ce que j’ai voulu montrer en prenant l’exemple de Google. Cet exemple a l’avantage d’être simple, visible et c’est aussi en ayant cette observation que j’ai eu cette révélation du mouvement de l’information à la connaissance. Peut être que ce n’est pas assez convainquant pour vous. Il s’agit peut être d’une coïncidence. On peut aussi le penser.

Néanmoins, à mon sens, si Google est l’exemple qui m’a parlé, il en existe surement un autre qui pourraient aussi vous parler personnellement comme l’apprentissage permanent dans lequel nous nous trouvons, les sessions sur « comment apprendre à apprendre » qui se multiplient, que la formation tout en long de la vie devient la norme, les MOOC/COOC/SPOC qui se propagent…

Maintenant, quand on a une information, elle est inutile si elle ne nous fait pas agir. Si elle nous fait entrer en action et en interaction, c’est là qu’elle devient connaissance. C’est là que se trouve toute la valeur.
 

De l’information à la connaissance

Cette partie est un peu plus théorique. Elle sera peut être chiante à lire mais ce peut être sympa de savoir d’où vient l’information et comment elle devient de la connaissance.

Non ?

En tout cas, je me suis masser le cerveau à plusieurs reprises pour tout comprendre et ça pique les neurones parfois. J’ai donc beaucoup simplifié pour rendre mon propos accessible. Par cela, j’ai voulu commencer d’abord par une évidence :

Disposer d’énormément d’informations demeurent sans valeur si elles ne sont pas transformées en connaissance.

Jusque là, ça va ?

Non ? C’est qu’alors je n’ai pas encore répondu à une question plus simple et plus importante :

C’est quoi la différence entre information et connaissance ?

Je vous rassure tout de suite, je ne vais pas me lancer dans les théories de l’information car ce serait long et sec comme un vieux crouton de pain de deux semaines.

Si si, je vous assure !

Mieux que cela, nous allons juste nous introduire à ce qu’est une donnée, une information et une connaissance. Juste pour les distinguer et ce, en quelques lignes et un schéma. C’est histoire d’être efficace.

> Une donnée est une description brute et sans contexte.

Exemple : 4°

> Une information est une ou plusieurs données interprétées et contextualisées pour nous.

Exemple : Il fait froid dans cette pièce, il fait 4°

> Une connaissance est une action résultant d’une information ou de la combinaison de plusieurs de celle-ci.

Exemple : Je vais augmenter le chauffage

Si je schématise, ça donnerait ça :

Il n’est pas beau mon dessin ?

Voilà, vous avez l’idée ! Je sais que, comme annoncé, la démonstration est simple voire simpliste mais je ne veux pas vous perdre dans les tréfonds de la discipline. C’est dur de s’en sortir sinon.

Mais si vous voulez aller plus sur ce sujet, je ne peux que vous inviter à lire Ikujiro Nonaka ou encore ce schéma plus complet du process qui mène la donnée à la connaissance en passant par l’information.

Retenons plutôt ici, une chose plutôt simple :

L’information a moins de valeur que la connaissance.

L’information rentre alors dans une sorte de raffineries de l’information dont nous sommes, pour l’instant, les principaux et les meilleurs exploitants afin d’en obtenir de la connaissance. Raffinerie qui peut être aussi bien l’imagination que la réflexion cognitive.

Posons-nous maintenant pour aller plus loin. Admettant que l’information perd de plus en plus de sa valeur. Cela vous paraitra presque très logique puisque l’information devient voire est devenue une commodité. A savoir que l’accès à celle-ci est de plus en plus en simple et facile.

Jusqu’ici tout va bien… Non ?

Bien sur, personne ne trouve ce qu’il cherche du premier coup et avoir la bonne info peut demander un peu de temps et savoir-faire mais nous y parvenons tous.

D’ailleurs, qui a déjà trouvé ce qu’il cherchait sur Google du premier coup et au premier lien ?

Du coup, si l’information perd de sa valeur, où se trouve la valeur. Dans la connaissance ? Cela expliquerait pas mal de choses en fait. Cela expliquerait pourquoi des entreprises comme IBM, Facebook, Apple ou Google investissent massivement dans le machine learning, le deep learning et encore plus poussée, dans l’intelligence artificielle. La connaissance n’est-elle pas alors devenue la nouvelle source de richesse à exploiter ?

Ding ding

Fin du round. Maintenant si vous voulez savoir pourquoi et comment on est en arrivé là, il faudra revenir dans un deuxième round. En attendant, faites un geste pour les escargots sauvages et suivons-nous sur Facebook

😉