Il y a un réel capharnaüm autour de la numérisation, de la digitalisation des organisations. Le sujet fait souvent l’objet de mysticisme et j’ignorais encore récemment à quel point. Il a fallu que je vive une expérience frustrante à une conférence sur le sujet pour prendre la mesure du phénomène.

C’est quoi la ‘chamanisation’ ?

RH digitalisation chaman
C’est vrai que la question est légitime. En fait, le chaman signifie en toungouse ‘Celui qui sait. Il avait un rôle très important dans beaucoup de sociétés tribales ancestrales car il était considéré comme l’intermédiaire avec les forces de la nature. Il était l’initié, celui à qui la nature aurait donné des pouvoirs magiques et surhumains. Ainsi, cette remarque présuppose une chose :

Tout le monde ne peut converser avec la nature et que l’intermédiaire du chaman était indispensable.

Bien sur, qui dit converser, dit langage spécial, dit incantations extactiques …Maintenant, remplacer la nature par la digitalisation et vous avez le chaman des temps modernes.

Il y a, pour beaucoup, un vrai intérêt à garder un certain flou sur le sujet. Cet intérêt est surtout business avec le message en filigrane :

Vous ne serez jamais digital sans moi.

Ce message est, bien sur, totalement faux. Il vise seulement à ré-intermédier ce qui a été désintermédié par le numérique.

Alors si un jour, l’envie vous prend de démasquer un chaman, introduisez la question :

Comment définissez vous la digitalisation ?

Ceci fonctionne également avec la transformation numérique. Certaines réponses vous divertiront certainement, à défaut de vous renseigner.

Alors, c’est quoi la digitalisation ?

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Il s’agit d’un large barbarisme. Il y a de grande chance que ceux qui parlent de digitalisation veulent en fait parler de numérisation. Pour ma part, je me permet de la définir comme :

Le moyen de cerner la complexité du monde pour la mettre à la portée d’un geste du doigt par le numérique.

Cette définition prépare le fait que la digitalisation est une affaire d’outils. Elle peut être compris comme un prolongement de la main pour l’exécution d’une tâche, activité et autres.

Néanmoins, il est totalement faux de croire que les outils créent de nouveaux comportements. En cela, je rejoins totalement Nicolas Sadirac quand il dit que le rôle d’un développeur/codeur est de numériser ce qui est fait naturellement par les gens.

Ainsi, dans votre organisation, s’il n’y a pas d’échanges particuliers en dehors des pauses cafés ou bien des mails, il est inutile de se lancer dans le déploiement d’un réseau social interne. Cela ne servirait à rien.

Histoire de théoriser cela de manière plus globale, un outil a un coefficient multiplicateur. Cet outil accélère et/ou améliore les activités humaines réalisées naturellement dans un cadre donné. En clair, là où il ne se passe rien, il ne se passera toujours rien car jusqu’à preuve du contraire 0 x infini donnera toujours 0.

Pour prendre un peu de recul, je trouve intéressant de jeter un oeil à cette vidéo de l’INA qui parle de l’introduction de l’ordinateur dans les bureaux en …1969.

J’apprécie beaucoup l’écho avec lequel elle résonne avec les enjeux organisationnels actuels. Elle a l’avantage de rappeler que la digitalisation n’est pas une préoccupation neuve. Certains discours n’ont pris aucune ride même 50 ans plus tard.

Enfin, quand les outils de la digitalisation ne prennent pas, les chamans nous disent alors que c’est un problème de culture voire de générations. A ce moment, nous entendons parler de culture digitale et de générations Y, Z … Certains vont même à parler de courant de pensée digitale. Finalement, de nouvelles incantations de chaman aguerri. 😉